La Conquête de la Lune : toute l'histoire

Réalisée par Robert Stone et actuellement diffusée sur la chaîne culturelle Arte, « La Conquête de la Lune : toute l’histoire », est une trilogie documentaire exceptionnelle, entièrement basée sur un intense travail de montage d’archives audiovisuelles de l’époque. Le second épisode de la série met notamment en parallèle les destins de Suzan Borman et Poppy Northcutt.

Susan Borman vs Poppy Northcutt

Figure type de la femme au foyer des années ’50/’60 au sein de la middle class américaine, Suzan Borman était l’épouse de John, pilote de Apollo 8 qui, sept mois auparavant avait anticipé et préparé l’arrivée des premiers astronautes sur le sol lunaire. Poppy Northcutt, elle, était une informaticienne de 25 ans engagée par la Nasa pour calculer la trajectoire des modules Apollo. 

Se positionnant là en contrepoint de l’aventure technologique de cette décennie, où des milliers d’hommes, focalisés sur leur mission pour la NASA, passèrent quasi à côté des révolutions sociales et culturelles de l’époque, Robert Stone met en scène un discret vis-à-vis entre ces deux femmes, dont la vie du mari de l’une dépendait tout simplement du travail de l’autre.

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 Mais plutôt que de jouer la confrontation de leurs positions à l’égard d’un rôle social attendu ou exceptionnel, c’est l’intensité des sentiments de Suzan -profondément saisie par le doute après la catastrophe d’Apollo 1 en janvier 1967- qui, mis en regard de la calme détermination conquérante de Poppy, structure l’épisode. Ce faisant, Stone parvient à percer les sentiments profonds de Suzan Borman -pourtant en représentation devant les TV américaines venues filmer à son domicile- comme à éclairer d’un jour violent la détermination de Poppy Northcutt, décontractée devant l’objectif mais consciente d’être le symbole d’une nouvelle génération de femmes.

Cependant, à l’inverse de ce qu’un tel dispositif trop basiquement utilisé pourrait provoquer, c’est la commune et identique motivation de ces deux personnes pour un projet qui dépasse leurs personnes qui les réunit symboliquement à l’image, même si elles ne se sont peut-être jamais rencontrées au cours de leur vie.

Un bon documentariste, dit-on souvent, sait créer un personnage de fiction avec la matière du réel. Ici, par ce montage précisément acéré, Ronbert Stone parvient à exemplifier une fracture générationnelle au détour du destin commun et exceptionnel de deux êtres humains qui n’en paraissent pas moins, pourtant, assez banals et ordinaires.

L’opus de Robert Stone, se regarde aisément et n’apprend sans doute rien que l’on ne sache sans doute déjà de la course à la Lune. Mais, outre la somme impressionnante d’archives réunies -dont de nombreuses peu connues ou peu vues- c’est l’intensité et l’étirement du temps donné à chaque image qui, de fait, donne toute sa qualité au film. 

De la quête assidue par Robert Stone de ces instants aussi denses que rares qu’il parviendra à isoler infiniment puis à déployer dans une séquence, on retiendra notamment ce long plan panoramique (dans l’épisode 3), suggérant le premier regard que Neil Armstrong et Buzz Aldrin ont pu jeter sur le paysage qui se dégageait autour du module Eagle. Un lieu de « désolation », comme l’avait déjà qualifié Frank Borman… lors de son propre tour de Lune sur Apollo 8, en décembre 1968.