J’ai appris que Notre-Dame de Paris était en flamme, ce lundi soir, en écoutant le flash spécial de France-Culture à 19 heures. Mon premier réflexe fut d’aller voir l’incroyable nouvelle sur Twitter, plutôt que de simplement croire à ce que j’entendais sur les ondes. Puis d’y aller directement voir, sur les quais de Seine, sans plus en savoir ni attendre. Et y passer la soirée entière. En éprouvant in situ l’intensité tragique de la catastrophe en cours, mais aussi en zoomant par intermittence vers les images de l’édifice en flammes, bien mieux compréhensibles sur mon fil twitter que depuis mon point de vue immédiat.

Mardi matin l’émoi était en chacun de nous et le drame collectif…  Ou inversement, si l’on regardait les choses à hauteur des unes du jour. Où l’événement n’apparaissait alors pas moins qu’international. Allez… universel même !

Au nombre des réactions du jour, lues tôt à travers les réseaux sociaux, ce post Facebook, suggérant -parmi d’autres considérations sur la hiérarchie des ruines à travers les continents et l’histoire coloniale- de laisser le site de la cathédrale en son état d’après incendie : telle une « ruine romantique [qui] aurait été grandiose, extraordinaire de poésie au cœur de Paris, [et où] on aurait pu faire un jardin et de la musique sous la voûte étoilée en été ».

 

 
 
 
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Belle idée… ! Bien que sacrilège évidemment quelques heures à peine après le drame. Mais pas moins pertinente pour autant si, enfin désentravé du poids du passé comme des tonnes de chêne sec hérité, on veut bien regarder vers l’avenir proche plutôt qu’au fond du puits des siècles. Tant, en visant ici les J.O de 2024 et son lot de constructions grandioses attendu, l’incendie de Notre-Dame de Paris survient à point nommé pour freiner enfin des décennies de patrimonialisation à outrance de cette ville et, bien que sur un mode paradoxal, rendre hommage à l’un de ses plus anciens et peut-être le plus beau de tous ses monuments.

 

Jumiègéiser Notre-Dame de Paris ! La voilà la grande affaire, et le début de solution au problème posé de sa reconstruction. La laisser en l’état, consolider ce qui doit l’être, aménager les parties toujours utilisables et sublimer la catastrophe pour, en abandonnant l’illusion d’éternité, enfin commencer à construire le Paris d’un XIXème siècle déjà bien avancé. En commençant par lui adjoindre un parvis de verre dévoilant sa crypte jusqu’ici cachée, et valoriser ainsi les plaisirs et les nécessités de l’époque.

Brève remise en contexte, tout d’abord. A la fin de l’année 2016, l’architecte Dominique Perrault et Philippe Bélaval, président du Centre des monuments nationaux (CMN) remettaient à François Hollande – Président de la république à l’époque- un rapport intitulé « Mission Île de la Cité » dessinant un possible devenir du site à l’horizon 2040. Simple jeu d’esquisses imaginant un possible futur, la mission relevait de la prospective urbaine plutôt que du projet d’urbanisme. Point de jalons donc, mais des « vues » extrapolant en outre les évolutions en cours, dont la piétonisation de Paris et le retrait engagé de l’automobile à travers la capitale.

 
 

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Mais aussi, somme toute de ne pas manquer une possibilité inattendue de véritablement « réinventer Paris », selon la désormais formule consacrée. Un pari esthétique et commercial sur la mélancolie plutôt que sur une fierté nationale revigorée par le défi (im)posé par le sort. Et un ego présidentiel trouvant là une trop belle opportunité d’articuler notre grand « nous » à son jeu politique, dont le lecteur appréciera à sa propre aune la réelle dimension.
 
 
Las, bien que les sapeurs-pompiers mettent en garde contre les velléités des experts re-constructeurs auto-désignés en soulignant que, même s’il est (heureusement) sauvé  l’édifice est affaibli en divers points de sa structure, l’inventaire des dégâts va plutôt en s’amenuisant au fil de cette journée du 16. Rosaces préservées ; grand orgue abimé mais toujours dressé debout ; statues des apôtres opportunément démontées ; œuvres peintes épargnées et autres reliques mises à l’abri dés les premiers moments du sinistre… Même si la flèche n’est définitivement plus.
 
Dans quelques années, Notre-Dame sera reconstruite. N’en doutons pas. On aura gagné entre-temps un charpente ignifugée  -évidemment tissée d’une multitude de détecteurs incendie- et prête à affronter à nouveau des siècles et des siècles. Même si, n’étant jamais assez prudents comme l’histoire vient de le (dé)montrer, on brulera un cierge quand même…  L’entreprise de restauration sera gigantissime, les débats d’experts innombrables, tout comme seront infinis les critiques tardives et avis éclairés d’une cavalerie de défenseurs du patrimoine jamais mieux à l’heure que lorsque la bataille est passée. Et puisque, nolens volens, l’´État, étant propriétaire de ce qu’il reste encore des murs, paiera… on oubliera peut-être même que le permis de feu et des règles de sécurité essentielles n’ont probablement pas été respectées ces derniers jours comme elles auraient du l’être.
 
Foin de considérations patrimoniales : ceci ne tuera pas cela. On le perçoit bien. Quand bien même il serait opportun, au delà ou malgré le mythe, de s’interroger aussi sur le nombre de millions qu’il est décemment envisageable de dépenser au regard de la religiosité du pays, et de son pourcentage réel de catholiques pratiquants.
 
Sauf que, universalité oblige…
 
Emmanuel Macron, trop heureux de brasser opportunément du symbole historique et national a annoncé sans attendre, un appel de fonds, une souscription nationale,  pour financer le grand œuvre de remise en état. Son grand œuvre culturel. Son grand chantier, si inespéré qu’il lui faut savoir saisir la chance qui passe. Le regardant déclamer des idées toutes faites moins que l’écoutant s’adresser à la nation, il est facile de percevoir ce sourire auto-satisfait de l’ambitieux qui ne sait cacher son émotion du moment, et laisse transpirer les petits calculs politiques autant que le grand chamboulement égotique qui l’agitaient malgré lui hier soir, comme pouvait être secoué inopinément de tics nerveux un Nicolas Sarkozy en son temps.
 
Bref, masquant si mal son incapacité à vivre spirituellement  ce moment d’histoire et, bien plus encore à manifester un début d’émotion véritable, Macron n’a su, n’a pu  écouter que ses propres passions, et a donc parlé pognon, plus que de tout autre chose sinon avant toute chose. Puisqu’ainsi va le monde pour lui. Et pendant que, à travers la redingote portée en cette soirée de printemps encore fraîche, semblait réapparaître le candidat de 2017 dont la parole désincarnée, mal articulée au corps du personnage, on
 
 
 
En quelques heures, à peine 21 heures en fait, on vient donc de trouver 500 briques … 500M€, comme ça d’un coup ! Vu le pognon de dingue mis à gauche par ces bienfaiteurs des arts et de la culture depuis des dizaine d’années grâce aux niches fiscales et autres exemptions d’impôts, il n’y a là que justice à voir des Arnault – Pinault et Bettancourt délier leur bourse, en dépit d’un opportunisme trop flagrant mais bien senti au vu que, sur ce coup là, on pourrait non seulement leur demander des comptes solidaires mais, plus encore bénéficier de nouveau de quelques déductions fiscales supplémentaires.
 
 
 
Incendie de Notre-Dame de Paris – 15 avril 2019

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